J’aime ces moments entre la lecture de deux romans. A la tristesse infinie de la fin du premier succède le plaisir de choisir le suivant. J’aime la présence dans ma bibliothèque de livres pas encore lus, qui attendent parfois depuis de longs mois, et qui permettent par leur nombre un véritable choix. Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe, roman de désapprentissage pour les unes, d’apprentissage pour les autres, a été suivi par Bienvenu au club de Jonathan Coe. Je devais avoir envie de séjourner plus longtemps dans le roman réaliste. Tom Wolfe a en effet comme modèles Emile Zola ou encore Charles Dickens. Quant à Jonathan Coe, ses personnages principaux sont fils de syndicaliste ou de cadre supérieur, parents plongés dans la tourmente de la Grande-Bretagne pré-tatchérienne pendant que leur progéniture découvre la vie et les filles, les deux allant le plus souvent de pair. Mais il arrive parfois à la réalité de se glisser progressivement, presque subrepticement, dans le fantastique, de sortir de notre monde. Comme beaucoup de lecteurs français, j’ai découvert Haruki Murakami à l’occasion de son Kafka sur le rivage. Je le sais, s’apercevoir de l’existence d’un écrivain mondialement connu, prix Nobel de littérature de surcroît, c’est franchement moyen. J’ai ensuite adoré les Chroniques de l’oiseau à ressort, dont la lenteur du rythme me convient complètement. La maison Belfond ayant eu l’excellente idée, en 2007, de rééditer Le Passage de la nuit et La ballade de l’impossible, j’ai pu jeter mon dévolu sur ce dernier qui prendra la place occupée par Bienvenu au club. Je pensais le commencer mercredi chez le dentiste, mais comme sa précédente patiente lui a pris moins de temps que prévu , il ne m’a pas fait passer par la salle d’attente.

LP de Savy (2008)