Dans le Figaro Magazine du 26 août 2006, l’éditeur Claude Durand propose d’avancer la rentrée littéraire au début du mois de juin. Cette idée me séduit : pourquoi tous ces livres nous tombent-ils dessus alors que nous allons disposer de moins de temps pour les lire ? Le supplément littéraire de Libération et les émissions à la fois télévisuelles et littéraires suivent le même type de raisonnement : on ne peut le lire, on ne peut les regarder pendant les vacances alors qu’on aurait le temps pour le faire. Mais, si la suggestion de Durand était retenue, que deviendraient alors les pavés uniquement consommables sur les plages, un œil sur le livre, l’autre sur les corps dénudés ?

J’ai d’abord trouvé cette rentrée moins excitante que certaines des précédentes, peut-être parce que je vieillis, peut-être aussi parce que mes vacances m’ont tenu trop éloigné de la frénésie qui revient chaque année avec la régularité du métronome (je m’autorise ce cliché, le Monde et Lire l’ayant utilisé sans vergogne à propos d’Amélie Nothomb). J’ai une autre explication : j’ai lu il y a quelques semaines un roman capable de bouleverser une existence, Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro, et je suis en train d’en terminer un autre, moins fort mais néanmoins excellent, Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami. Ces livres n’ont pas attendu la rentrée littéraire pour me ravir.

Je commence cependant à distinguer quelques romans à suivre de plus près. Je viens par exemple de découvrir une publicité pour « Sexe et dépendances » de Stephen McCauley, dont j’ai beaucoup aimé « Et qui va promener le chien ? ». La promenade proposée par Patrick Rambaud en compagnie du jeune général Bonaparte est également très tentante. Le Chat botté, titre de cette promenade, est le surnom qui lui a été donné par Laure et Cécile, les filles de Mme Permon, une amie de sa mère.

Mais les pages qui rendent, en fin de compte, cette rentrée excitante, sont les 900 composant Les Bienveillantes de Jonathan Littel. Dans son premier roman, ce jeune écrivain offre « une plongée atemporelle dans les profondeurs de l’homme » en écrivant les mémoires d’un nazi. Le Magazine littéraire de septembre 2006 commence ainsi sa critique : « Dans la peau d’un bourreau. On cherche de l’inexplicable, de l’incompréhensible, de l’inaccessible. On cherche ce qu’on est sûr de ne pas trouver chez soi. Mais, au fur et à mesure des pages, le malaise s’installe. De l’humain partout ; de l’inhumain nulle part. Fatigue nerveuse, grandes lâchetés, névroses familiales, idées générales, petites jouissances, médiocrité ambiante. On fait comme les autres. On pense comme les autres. Devoir accompli, les yeux fermés. » Ce roman sera bientôt hôte de ma bibliothèque.

LP de Savy (octobre 2006)

A lire :

Kazuo Ishiguro : Auprès de moi toujours, Editions des deux terres ;
Haruki Murakami : Kafka sur le rivage, Belfond ;
Stephen McCauley : Sexe et dépendances, Flammarion ;
Patrick Rambaud, Le Chat botté, Grasset ;
Jonathan Littel : Les Bienveillantes, Gallimard.