En septembre, on a tendance à parler de livres. C'est la rentrée. Plus de 600 romans cette année. Combien seront lus ? Et moi, j'en lirai combien ? Je donnerai la priorité à mes chouchous. La première d'entre eux, c'est Amélie Nothomb. Elle publie un nouveau passage de sa vie. Comme la faim, c'est elle, elle écrit une " Biographie de la faim ". Eric Neuhoff lui fait remarquer dans Madame Figaro du 4 septembre que, pour la première fois, il n'y a pas écrit " roman " sur la couverture. Elle répond : " Bien observé. C'est la première fois que le pacte autobiographique est atteint à 100 %. On a peur de l'autobiographie aussi longtemps qu'on croit qu'on croit être obligé de dire toute la vérité. Cette fois j'ai compris qu'on n'est pas forcé de dire toute la vérité, surtout pas. Mais par contre, tout est vrai. "
Le deuxième chouchou, Benoît Duteurtre dresse dans La Rebelle " le portrait d'une midinette de la rébellion ", pour reprendre les termes employés par Philippe Muray (Marianne du 4 septembre). " La malheureuse ressemble à ces altermondialistes naïfs, qui ont lu Naomi Klein, mais pas Antonio Gramsci. Elle ne mesure pas la puissance d'intégration culturelle du capitalisme. " (Sébastien Lapaque dans le Figaro littéraire du 5 septembre). Seul Télérama, à ma connaissance, n'a pas aimé le roman. Est-ce un hasard ?
Le troisième chouchou est l'un des Américains qui fait le plus parler de lui en France, si l'on retire les duettistes Gorges Bush et Michael Moore. Quelques titres d'articles présentant " La bête qui meurt ", le dernier opus de Philip Roth : " Philip Roth, un Américain libre " pour Marianne (4 septembre), " L'été indien de Philip Roth " dans le Point du 19 août, " La bête qui meurt, récit de décomposition " et " Radoteur ? " (L'Imbécile du mois de septembre), " Le sexe selon Roth " (Lire de septembre), " Le don de doubles vies " (Télérama du 25 août), " Le best-seller de la rentrée ? " (site du Nouvel Observateur, 30 août). Une profusion, pourtant non exhaustive… Quelques lignes de " La bête qui meurt " : " Or moi, je suis sensible à la beauté féminine, tu le sais. Chacun ses faiblesses : telle est la mienne… Je vois cette beauté, et elle me rend aveugle à tout le reste. Dès que ces filles viennent à mon premier cours, je sais presque tout de suite laquelle sera pour moi. Mark Twain a écrit une nouvelle où le héros, poursuivi par un taureau, se réfugie dans un arbre. La bête le regarde d'en bas tout en pensant : " Toi, mon petit monsieur, je vais te croquer ". Il suffit d'y substituer " ma petite demoiselle " pour rendre mon impression au premier cours. "
Enfin, le quatrième chouchou est plus récent. Je n'ai découvert Philippe Jaenada qu'au printemps. J'aime savoir que j'ai encore la plupart de ses romans à lire, dont le tout nouveau : " Vie et mort de la jeune fille blonde ". " Loin de l'autofiction, Philippe Jaenada fabrique un univers tonique, animé d'une énergie digne de Tex Avery. Son narrateur, quadragénaire en quête de sens, court sur les traces de sa jeunesse envolée. " (Topo de septembre). Un extrait, que l'on peut découvrir, parmi d'autres, sur le site consacré à l'écrivain : " J'étais excité comme un bambin, et je ne comprenais pas vraiment pourquoi. Ça n'avait rien à voir avec quoi que ce soit de sexuel, ni de sentimental, ce n'était pas le souvenir qui me troublait, c'était plus profond, plus violent, ça touchait à ma vie même. Je n'ai pas pu résister au besoin de me lever tout de suite (moi qui traînais toujours plus d'une demi-heure au lit, incapable de coordonner mes mouvements pour en descendre, pour atteindre le sol, surtout quand j'avais la gueule de bois) et d'aller, flottant au-dessus du parquet, allumer une cigarette dans le salon et m'installer sur le fauteuil. Mon fauteuil. En fumant, agité, léger, dans la lumière froide et pâle du matin que je connaissais peu, je commençais à comprendre ce qui me rendait euphorique. Je ne suis pas une bille qui roule vers la mort. Je ne suis pas non plus une mouche perdue qui vole n'importe où, sans autre passé que la vitre qu'elle vient de cogner et qui lui a fait changer de route. Et ce n'est pas simplement la coïncidence, qui me rassure et m'enthousiasme (après tout, deux mouches qui ont failli se percuter dans la cuisine du studio du premier étage peuvent se retrouver posées par hasard sur le même lustre du grand appartement du cinquième, ça ne fait toujours d'elles que des mouches ("Tiens, te revoilà. Je te retiens, toi.")). Quelque chose se forme en moi. Se solidifie. Quelque chose qui me rend heureux. (Si.) En terminant ma cigarette, je change, je me sens plus vaste, plus complexe, plus fort. Le passé qui revient me reconstitue. Il est avec moi. Il y a soudain un lien tangible entre mes seize ans et mes trente-neuf ans, un lien qui vient d'apparaître (les personnes qu'on fréquente de façon régulière, même depuis des années, ne créent paradoxalement pas ce lien, elles avancent avec nous, roulent la pelote avec nous), un fil auquel m'accrocher. Une fille. Qui n'existait plus, et qui existe. "
Il y a ces quatre-là, mais aussi les autres. Encore des propos insignifiants à venir.

LP de Savy

A lire :

Amélie Nothomb, Biographie de la faim, Albin Michel.
Benoît Duteurtre, La rebelle, Gallimard.
Philip Roth, La bête qui meurt, Gallimard.
Philippe Jaenada, Vie et mort de la jeune fille blonde, Grasset.

A consulter :

http://www.jaenada.fr.st/
http://duteurtre.free.fr/