Gabriel Matzneff permet au lecteur de profiter de trois écrivains : le diariste, le romancier et l'essayiste. Entre les trois, quel est notre préféré ? Cette question est cruelle. Le lecteur qui veut répondre en toute sincérité ne le peut pas. Son seul choix est de ne pas choisir. C'est mal vu dans un monde où proclamer ses choix dispense de les assumer. Peu importe, puisque le Maître est également mal vu.
Le samedi 13 décembre 2003, Gabriel Matzneff conversait sur le site qui lui est consacré avec ses lecteurs internautes.

L'univers de l'écrivain : " Je reste plus que jamais fidèle à mon univers, à mes idées fixes et à mes sources d'inspiration. Plus un artiste a un monde qui lui appartient en propre, et moins il peut s'en libérer. "

Vivre en écrivant : " Quand j'ai envie de caviar, je mange du caviar; quand j'ai envie de sauter dans un avion, je saute dans un avion. J'ai un style de vie qui me convient parfaitement, et je ne vois aucune raison d'en changer. Quant à la question financière que vous évoquez, je vous ferai la réponse du général de Gaulle: "L'intendance suit" ! "

La loi : " Quand j'étais enfant, et quand j'étais soldat, j'ai toujours eu la permission de sécher les cours et de quitter la caserne pour les fêtes du noël orthodoxe le 7 janvier et aussi pour la Pâque orthodoxe qui coïncide rarement avec la catholique. On n'avait pas besoin d'une loi pour ça. L'Etat est trop porté de nos jours à nous expliquer comment nous devons penser, baiser, prier. J'étais déjà très peu Hegelien, je le suis décidément encore moins. "

Les publications : " Mes textes de Combat sont publiés dans Le Sabre de Didi (1986), Le dîner des Mousquetaires (1995), C'est la gloire, Pierre-François! (2002) et dans Yogourt et yoga (à paraître en mars 2004). Le seul critère est celui de la qualité. Tout ce qui me semble faible, ou baclé, n'a aucune raison d'être repris en volume. C'est une règle qu'un auteur vivant doit respecter pour lui-même, et que les éditeurs devraient suivre en ce qui concerne les auteurs du passé. Ce n'est pas rendre service à un artiste que de publier ses fonds de tiroir. "

Les revues : " J'ai toujours écrit très rarement dans les revues, car celles-ci payent mal. Ces dernières années, je crois n'avoir collaboré qu'à l'Infini, l'excellente revue de mon ami Philippe Sollers. Dans Yogourt et yoga, vous pourrez lire également quelques autres textes parus ailleurs en 2002 et 2003, mais on peut dire d'une manière générale que voilà des années que je ne m'exprime plus que dans mes livres. C'est d'ailleurs bien suffisant ! "

L'intégrisme : " Par ailleurs, une des raisons du malaise (c'est une litote) créé chez nous par l'intégrisme mahométan, c'est que, même lorsque nous nous disons chrétiens, nous n'avons plus la foi, nous ne croyons plus ni en la divinité du Christ, ni en Sa résurrection. Le monde occidental dit chrétien a réduit la sublime folie de l'Evangile à un plat socialisme moralisateur. D'où sa surprise et son indignation lorsqu'il se trouve en face de croyants qui, à tort ou à raison, croient vraiment en ce que leur religion leur dit de croire. "

Les prix littéraires : " J'ai refusé ce prix parce que le seul intérêt des prix littéraires est de recevoir un bon chèque. Or, dans le prix auquel vous faîtes allusion, la récompense consistait en des tickets-restaurant à dépenser à la Closerie. J'ai jugé cela d'une vulgarité incroyable. Je ne pensais pas qu'il fût permis de mépriser à ce point la littérature et les écrivains. Que la Closerie des Lilas donne ses tickets-restaurant aux clochards du boulevard Montparnasse. "

Les bêtises : " Dans la vie, quand on a très envie de faire ne bêtise, il faut la faire sans hésiter. Publier de mon vivant Les Moins de seize ans a certes été une erreur du point de vue de la réussite sociale, mais du point de vue humain cette publication m'a apporté des bonheurs multiples. "

Le site de Gabriel Matzneff : http://www.matzneff.com/

L.P. de Savy