" New Delhi, 31 décembre 1999… Les trois plus grandes stars du cinéma américain kidnappées par un commando de terroristes afghans… Hollywood et Washington sur le pied de guerre… "

Puis :
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Si ça se trouve, l'Amérique a déjà envahi l'Afghanistan, dit Arnon avec optimisme.
- Et les commandos de Marines ont déjà pris possession des positions ennemies sur les plages du débarquement ! ajoute Rocky.
- T'es sûr qu'il y a la mer dans ce bled ? interroge Will.
- Ils ont sûrement un lac ! dit Rocky.
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Une couverture orange vive, un tampon secret défense, un pseudo américain, un titre comme on en fait plus et une photo en noir et blanc représentant un balèze, les bras liés à son torse musclé, entouré d'une foule plus ou moins enturbannée, les visages grimaçants. Vive le polar d'antan, d'une époque où lire un roman d'aventure ne ressemblait pas à avaler des milliers de pages techniques à la Tom Clamcy ! Et comment ne pas reconnaître à Graham Burger un certain talent de visionnaire, l'ouvrage datant de 1999 ?

Nous pouvons nous réjouir du choix du nom des personnages, du sens de l'essentiel dans leur description , surtout dans son aspect psychologique, et de l'interdiction absolue de se refuser l'utilisation de tout cliché.

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- Nick, s'il te plaît, tu remets cette mitrailleuse à sa place, hurle Wilbrow Moneyfirst à son assistant. Nick Tameir est le bras droit de Wilbrow. C'est un solide gaillard au visage en lame de couteau et aux yeux froids comme l'acier.
- Et tu surveilles le déchargement de cette palette de frittes au sous-sol, ajoute-t-il sur le même ton.
Nick lui lance un regard torve, puis se ravise et lui sourit aimablement. Il caresse une dernière fois le canon de la mitrailleuse mini-gun calibre 556, celle de Joss Taner, le héros de La Mort rouge. Et il la raccroche juste au-dessus de la porte d'entrée des toilettes messieurs.
A quelques heures de la saint-Sylvestre et de l'ouverture du centième Hollywwood Burger à New Dehli, son manager, Wilbrow Moneyfirst, est un peu sur les nerfs. Cette inauguration est en effet le tournant de sa carrière et une sacrée façon de commencer la nouvelle année. D'autant que les boss seront présents : Arnon Sparklingwater, Rocky Neveralone et Will Brulis.
Les trois stars du cinéma américain, les héros qui ont sauvé, à plusieurs reprises, l'Amérique de tous les périls sont attendus ce soir à New Delhi.
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Le sens du dialogue et de l'action se mêlent harmonieusement, comblant le lecteur.

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- Mais je t'emmerde, lui répond Will, les yeux soudain glacés.
- Ouais, c'est vrai, Arnon a raison, dit Rocky. Ton élasticité musculaire se relâche !
Will les obesrve d'un regard où perce une profonde lassitude. Puis il se lève, leur fait face, glisse ses mains dans les poches de son jean, bombe légèrement le torse et expire un grand coup.
- Vous cherchez la castagne, les gars ?
- C'est quand tu veux, mon pote, répond Rocky, impassible.
- Mais arrêtez de vous chamaillez, intervient Arnon.
- Toi, la folle liftée, tu te la boucles ! lui lance Will.
-Arrêtez, les mecs, ça va dégénérer, dit Rocky juste avant de recevoir le seau à glace qu'Arnon destinait à
Will et qu'il venait d'éviter en baissant la tête.
Et dès lors, cela dégénéra.
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Cela dégénère en effet très rapidement : de l'action avec une légère touche sentimentale.

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La tension est à son comble. C'est un duel de regards auquel se livrent les deux hommes. Celui de Rocky montre une opiniâtre volonté d'affirmer sa suprématie personnelle. Celui de Nick reste froid, presque translucide.
Arnon observe la scène avec une moue d'approbation. Les invités jouissent du spectacle avec une attention soutenue. Will pelote Sheila qui s'abandonne entre ses bras musclés.
Rocky tourne alors sa mitrailleuse vers la salle de restaurant et lâche une brève rafale.
- Oh merde, murmure-t-il.
Environ 250 projectiles calibre 556 ont frappé les premiers rangs. Une petite centaine d'invités se sont effondrés sur leurs chaises, criblés de balles dum-dum, dont les têtes ont la particularité de s'écraser sous l'impact, de se disloquer en d'infinies particules de mort, et de faire de considérables dégâts alentour. Des giclées de sang mélangées à des débris de chair ont éclaboussé leurs voisins.
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L'amour n'est pas oublié, dans ce qu'il a de plus beau.

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Will hésite. Il regarde Sheila dont la surcharge de rimmel coule jusqu'à la commissure de ses lèvres. Il voit aussi sa poitrine, gonflée par l'angoisse, dont les globes laiteux semblent prêts à jaillir hors de son corsage.
- Je ne partirai pas sans elle, dit-il.
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Le lecteur est promené dans les sphères du vrai pouvoir.

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Le Président se tourne alors vers le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Brad Howner, le principal artisan des accords israélo-palestiniens de Jlessing Pas.
- Quels sont nos rapports avec l'Afghanistan ?
- On a financé des groupes terroristes islamistes qui voulaient virer les Soviétiques. On leur a livré des tonnes d'armes pour qu'ils les dirigent contre eux. Maintenant, ils les retournent contre nous… La dernière fois que j'ai eu un contact avec mon homologue afghan, c'était justement l'année dernière. Je lui ai adressé mes vœux, il m'a envoyé une boîte d'espèces de loukoums immangeables. C'est notre seule relation diplomatique depuis un an !
Brad Howner est un diplomate expérimenté et son avis est un de ceux qui comptent le plus pour le Président.
Le Président griffonne quelques notes d'une écriture nerveuse. La situation est bien plus complexe qu'il ne l'imaginait. Il ne manquait plus que ça ! pense-t-il. Déjà les fêtes de Noël ont été catastrophiques. Au moment de l'ouverture des cadeaux, Henry a été pris de convulsions et il a vomi sur la moquette du salon. Le Président est très attaché à son pitt-bull, Henry.
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Les Russes ne sont pas oubliés.

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- Qu'est-ce qu'on fait ? demande Leonid Vipeir, le très redouté conseiller spécial auprès du chef d'Etat russe.
Tous les regards se tournent alors vers le bout de la table.
Le président Ilia Bourevitch vient de s'assoupir.
Cela fait déjà un moment qu'il semblait désespérément lutter contre le sommeil. Ses yeux, que l'on devine
rouges sous ses paupières gonflées, sont maintenant fermés à moitié. Sa tête pend lamentablement sur son épaule. Un léger ronflement s'échappe de son nez couperosé.
- Hum… Hum… Qu'est-ce qu'on fait, réitère Leonid Vipeir d'une voix forte.
Le Président ouvre deux grands yeux hagards. Il se redresse et étouffe un rot parfumé de vodka et de choux rouge dont l'odeur s'insinue dans la pièce.
- Je ne démissionnerai pas ! tonne le Président d'une voix pâteuse en soulignant ses propos d'un grand coup de poing sur la table.
- Bine sûr Ilia, dit Leonid, le problème est de savoir si nous condamnons l'acte de terrorisme des Sacripans.
- C'est qui ? demande le Président.
- Un groupe terroriste qui a enlevé des Américains, le jour de l'an.
- N'oubliez pas de leur présenter mes vœux, répond le président Bourevitch, qui se rendort
instantanément".
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Une immense farce : ne boudons pas notre plaisir.


L.P. de Savy.


A lire : Graham Burger : Embrouilles à Kaboul, Editions n°1, 1999.